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Qui protègera le peuple?

Cette question s’avère de plus en plus fréquente et, malheureusement, de moins en moins importante en Haïti. Du côté des dirigeants, chacun semble avoir ses propres protecteurs et ses protégés. Les incidents, les crises n’ont pas manqué, au cours de cette année 2017. Mais à chaque fois : un coup de théâtre. Une grande surprise ou une mauvaise déception semble conclure les grands dossiers.

Prenons quelques exemples.

Notre Président, avant même de se convertir en Protecteur numéro 1 du peuple haïtien, s’est converti lui-même en protégé numéro 1. Qui d’entre nous n’a pas encore connu les malaises provoqués par les questions insolentes des agents de banque de la place, quand il fait un dépôt d’une somme qui va au-delà de 100 mille gourdes haïtiennes ou l’équivalent en dollars américains ? Certes, il ne faut pas surtout s’en prendre aux agents car ils ne font que suivre les directives de leurs patrons. Ils appliquent les règles définies par la BRH et soutenues par les lois de finances qui visent à combattre le blanchiment d’argent chez nous. En effet, quand bien même on serait le premier citoyen, on se protège d’abord de toute persécution inutile de nos lois. Si nul n’est audessus de la loi, on sait parfaitement que les hommes au pouvoir font cette loi. Et puis, rappelons-nous le vieil adage : « lalwa se papye, bayonèt se fè ». L’on comprendra peut-être mieux la précipitation avec laquelle on bricolera, vite fait, une armée. On ne sait jamais. Cela peut toujours servir. Entourés d’une légion d’hommes de lois avares et avides de pouvoirs, les seigneurs au pouvoir montent leur défense avec aisance. Par exemple : des dépôts de plusieurs milliers de dollars américains ne seraient qu’un écran de fumée pour masquer une persécution politique. L’inculpation de son auteur ne serait qu’une erreur de pronostic car ceux-là qui se trouvaient derrière cette accusation ne pouvaient prévoir que le citoyen accusé allait devenir Président. En effet, le titre d’inculpé ne serait qu’une sorte d’ironie des opposants aigris. L’UCREF, la Justice, La Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif, tous ces organes, directement ou indirectement, sont aujourd’hui sous la tutelle du premier citoyen. Comment oser alors s’attaquer à son propre patron ? N’est-il pas un devoir sacré de protéger son protecteur ?

Et qui protège les ministres ?
Pour mieux poser la question, disons que si un ministre se trompe dans certains calculs, (car il faut avouer que nous ne sommes pas tous des grands mathématiciens) donc, par erreur un ministre pourrait proposer des chiffres un peu élevés pour certains achats. Alors, qui protègera ces ministres de ce que certains journalistes enquêteurs mal intentionnés qualifient de surfacturation, comme c’est le cas dans le soi-disant dossier de kits scolaires ? Dans ce cas, pour protéger ce citoyen, le gouvernement peut lui proposer simplement de se retirer. Car sa présence agacerait des journalistes soupçonneux. Une fois retiré, comme un ancien cadre du gouvernement en place, il pourra jouir de son immunité qui lui permettra de rester à l’abri de toute persécution. En fait, le ministre de la Justice est juste un collègue de travail et membre du même gouvernement. Pourquoi ne pas protéger les siens ? Et surtout, comme les medias cherchent toujours le sensationnalisme et que le peuple ne pense qu’à son ventre, dans peu de temps, on peut parier qu’ils oublieront tout. Ce jour-là, peut-être, ce ministre pourra devenir un conseiller de son grand protecteur, s’il ne l’est pas déjà en catimini, en pavillon masqué.

Qu’en est-il de la protection d’un ancien ministre ou fonctionnaire de l’État ?

Le grand protecteur se porte garant de la bonne marche des institutions et de l’État. Et comme l’État ne doit jamais cesser d’exister, il protège les anciens dignitaires qui auraient directement ou indirectement accès aux greniers du pays. Certains éléments du pouvoir législatif pourraient malicieusement inventer certains rapports qui pourraient servir comme formule pour persécuter des gens honnêtes qui n’auraient commis aucun péché, à part celui d’être généreux avec les fonds dont ils disposaient pour exécuter certains projets. Et puis, la charité bien ordonnée, ne commence-t-elle pas par soi-même ? Comme dans le cas du Fonds PetroCaribe, le protecteur numéro un se donnera alors pour mission de ralentir, jusqu’à freiner, tout élan visant à amener en Justice quiconque dont le nom serait injustement et vainement citer dans un rapport aux allures de règlements de comptes politiques. Donc, s’il faut six (6) mois pour lire un tel rapport, il faut comprendre qu’on doit prendre peut-être six ans avant d’acheminer ce soi-disant rapport vers un tribunal. Sinon, le Protecteur n’hésitera pas à faire usage de son pouvoir pour empêcher la chasse aux sorcières.

Mais, dans le cas de petits fonctionnaires de l’État qui auraient frauduleusement volé plusieurs millions de gourdes du trésor public, alors là, c’est un comble. Le grand Protecteur (protégé) diligentera une investigation qui aboutira à l’arrestation d’environ quinze zombis qui auraient de longues années d’expériences dans la fabrication des chèques zombis. Il avait promis à la tribune de l’ONU qu’il allait finir, une fois pour toute, avec ce grand cancer. Et il aura tenu sa promesse. Mais, qui sont ces zombis ? Là, on doit être conscient de la gravité de ce dossier. Ces gens malhonnêtes, (zombis de leur état) qui auraient dupliqué des chèques de l’État, sont des éléments dangereux. Dans le souci de protéger leurs enfants, leurs femmes et leur famille qui n’ont rien à voir avec ces actes abominables, le grand Protecteur décidera de ne pas publier les noms de ces malfrats. Il faut que justice se fasse sans esprit calomniateur, sans instinct de vengeance, pour répéter les paroles du Président de la République.

À cette étape, on doit se demander, mais bon sang, qui protège le peuple ?

L’État haïtien, en l’occurrence, le ministère de l’Éducation Nationale a décidé méchamment de rendre publics les noms des élèves accusés de tricherie durant les examens officiels de baccalauréat. En plus des deux ans d’interdiction au bac, ils sont avilis dans tout le pays. Est-ce qu’on ne pense pas à protéger le nom des familles de ces élèves ? Comment comprendre ou expliquer que le Président décide de protéger les voleurs de toute sorte, en refusant de publier les noms des zombis qui impriment et changent les faux chèques, quand des élèves, eux, sont humiliés sur internet ?

En contraste, la Police Nationale fait son grand show médiatique, montrant au grand public certains détenus, cherchant à convaincre le monde de son efficacité. Elle le fait au détriment de la Constitution. L’article 46 stipule : « Nul ne peut être obligé, en matière criminelle, correctionnelle ou de simple police, à témoigner contre lui-même ou ses parents, jusqu’au quatrième degré de consanguinité ou deuxième degré d’alliance. » Mais, toutes les semaines, la police force les présumés bandits à faire des déclarations contre eux-mêmes, devant les caméras des médias. Le grand Protecteur n’a-t-il jamais lu l’article 25-1 de la Constitution : « Nul ne peut être interrogé en l’absence de son avocat ou d’un témoin de son choix. » Pourquoi alors la PNH interroge-t-elle les présumés criminels en absence de leur avocat ?

La presse, malheureusement, profite de cette pratique honteuse pour divertir ses auditeurs et téléspectateurs, audimètre et cote de popularité obligent. Le Président aurait-il raison, quand il a déclaré que des dizaines de juges sont corrompus ? Comment comprendre qu’on a autant de juges payés par l’État Haïtien, pendant que des milliers de prisonniers gémissent dans les cellules du Pénitencier national, en détention prolongée ? Ce serait plus simple d’enlever l’article 26 de la Constitution : « Nul ne peut être maintenu en détention s’il n’a comparu, dans les quarante- huit (48) heures qui suivent son arrestation, par-devant un juge appelé à statuer sur la légalité de l’arrestation, et si ce juge n’a confirmé la détention par décision motivée. » Je donne foi aux accusations du Président contre le système judiciaire car il sait mieux que nous, comment les juges sont démissionnaires. Sinon, la Justice n’aurait jamais fermé les yeux sur autant de « protégés » qui ne sont pas en prison, grâce à la complicité de certains juges. Si la justice faisait son boulot, on aurait même évité cette honte de parler de notre Président comme un inculpé. Il serait, soit en prison, soit libre de tout soupçon.

Bref, le peuple est aux abois, l’Exécutif, le Législatif, le Judiciaire, personne ne veut protéger la masse populaire. Dans ce cas, le peuple pourrait n’avoir qu’un seul choix : celui de se protéger lui-même, en se faisant justice par lui-même et pour lui-même. Estce vraiment la solution idéale ? Je ne le pense pas. Même qu’elle est hautement condamnable. Toutefois, j’appréhende grandement le jour où il sera poussé à ces extrémités, coincé dans ses derniers retranchements par des pouvoirs publics qui n’ont pas su écouter ses clameurs ni répondre à ses demandes de justice et d’équité.

À bon entendeur,salut !

Rodelyn Almazor,
ingalmazor@yahoo.com

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