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Du tac au tac entre Trump et Haïtiens

Alors qu’il se plaignait du volume d’immigration durant ses premiers mois au pouvoir, Donald Trump aurait suggéré que les immigrants haïtiens «ont tous le SIDA». Selon un article du New York Times, Trump ne s’en est pas seulement pris aux immigrants haïtiens. Il a également déclaré que les Nigérians entrés aux États-Unis ne « retourneraient jamais dans leurs huttes » en Afrique et que les immigrants afghans venaient d’un refuge terroriste.

Michaelle Solages, devenue la première personne d’origine haïtienne à être élue à la Chambre basse de New York (State Assembly) vient de sortir une note de presse, publiée sur sa page Twitter. Sur le fait que le président Trump aurait déclaré que les Haïtiens ont le SIDA, Michaelle Solages confie : « ces commentaires allégués au président Trump sont non seulement non-américains, mais ils s’avèrent dégoutants et effroyables. Cela m’attriste que mes gens se confrontent encore à ce type de racisme flagrant et d’irrespect. » « Des membres de ma propre famille ont été appelés ‘boat people’, responsables de l’introduction du SIDA dans ce pays » continue Michaelle Solages. « Si ces commentaires sont vrais, nous, en tant que communauté, devons nous assurer que Donald Trump ne soit pas réélu. Notre pays ne peut être dirigé par quelqu’un qui soit insensible et ignorant des autres cultures. (…) Nous avons besoin d’un leader solide, compatissant et intelligent ».

Pour l’écrivaine haïtienne Edwige Danticat, « la remarque présumée de Trump sur Haïti et le SIDA, rouvre une vieille blessure douloureuse pour les Haïtiens, qui remonte à plusieurs décennies ». Position qu’elle a prise dans un article paru en anglais, ce 29 décembre, dans les colonnes de l’un des magazines favoris des intellectuels américains : « The New Yorker ». Pour l’histoire, Mme Danticat se souvient de cette période où les Haïtiens pouvaient être étiquetés de « sang sale », allègrement. Elle se rappelle encore de son éloignement forcé d’un « voyage scolaire à la Statue de la Liberté, de peur, dit-elle, que partager un autobus scolaire avec les autres enfants pourraient se révéler dangereux pour eux ».

Les dérapages racistes du président, ces derniers temps, deviennent routiniers pour l’écrivaine. Pourtant, recoller l’image des Haïtiens au sida inquiète énormément cette dernière. Un brusque enfoncement du couteau dans une plaie que l’on croyait séchée au soleil de la conscience. Dans un recueil collectif d’informations, Marleine Bastien, responsable de l’organisation Femmes haïtiennes de Miami, rappelle que « ce fut une période sombre de notre histoire, en tant que réfugiés noirs de la première nation indépendante dans l’hémisphère occidental ». Elle ajoute par la suite, que dans cette sombre période, « être appelé Haïtien a été la pire malédiction possible ». Un Akademisyen Kreyòl Ayisyen (AKA), le linguiste Michel DeGraff qui a rejoint New York dans les années 1980, se souvient encore d’un moment traumatisant quand il fut présenté à une étudiante, alors qu’elle a refusé de lui serrer la main. Il entendra quelques minutes plus tard qu’il vaut « mieux rester à l’écart de ces Haïtiens, afin de ne pas attraper le SIDA ».

Le docteur Jean William Pape, responsable des centres GHESKIO, un sourire presqu’amusé dans la voix, a répondu au journal que « tous les Haïtiens n’ont pas le SIDA », fin décembre 2017, à un moment où la Maison-Blanche a démenti et qualifié d’outrageux un article du New York Times indiquant que le président Américain, Donald J. Trump, avait indiqué lors d’une réunion, en juin dernier, que tous les 15 000 ressortissants haïtiens entrés aux États-Unis en 2017 ont le SIDA. « Évidemment, non, tous les Haïtiens n’ont pas le Sida », soutient Jean William Pape, un des 45 experts réunis par ONU/SIDA dont la mission est d’éradiquer le SIDA à travers le monde. « Au contraire, je pense qu’on fait beaucoup de progrès pour réduire le taux de sida au sein de la population haïtienne. On avait des taux qui dépassaient 6,2%. L’enquête la plus récente de 2016-2017 a révélé un taux de 2 %. Ce taux est comparable à ce qu’on a à Washington DC », avance-t-il. « En fait, si l’on regarde chez les adultes, ce taux est inférieur à ce qu’on a à Washington DC. C’est clair que tous les Haïtiens n’ont pas le SIDA », renchérit le docteur Jean William Pape, qui n’a pas voulu commenter le contenu de l’article du New York Times, démenti par les services du président Donald J. Trump.

La Maison Blanche nie les propos allégués à Donald Trump dans le New York Times. L’attachée de presse de la Maison Blanche, Sarah Sanders, a publié une déclaration critiquant le journal : « Le général Kelly, le général McMaster, le secrétaire Tillerson, le secrétaire Nielsen et tous les autres cadres supérieurs ayant participé à la réunion nient ces allégations scandaleuses, et c’est à la fois triste et parlant, que le New York Times imprime les mensonges de leurs « sources » anonymes » écrit-elle.

Emmmanuel Saintus

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