Ça coince pour arriver à l’électricité 24/24 du président ?

Dans la fourniture d'électricité, des millions de dollars sont en jeu en Haïti. Des acteurs s'activent. Des appétits s'aiguisent. Allons-nous changer de fournisseurs ou de modèle ? Telle est la question à un milliard de dollars depuis quelques semaines. Le président Jovenel Moïse annonce, depuis des semaines, sa volonté de changer le modèle électrique en service en Haïti. Il le dit urbi et orbi. De plus, selon les dires du président du Sénat sur Magik 9, le président a décidé non seulement d’augmenter le parc énergétique d’Haïti, mais aussi de le répartir entre les fournisseurs historiques et de nouveaux joueurs, sur des bases que l’on ignore encore. « Kay pa m klere » est un programme d’électrification rurale à partir duquel le chef de l’État indique avoir déjà commencé avec l’électricité 24 sur 24. Ce programme, selon Jovenel Moïse, consiste à mettre dans chaque maison dans les sections communales un mini-système solaire qui permet d’alimenter quatre ampoules électriques, de recharger un téléphone portable et de faire fonctionner un poste de radio. « Nous avons déjà commencé à électrifier les « lakou » où les maisons sont situées à une distance de 3 kilomètres, 800 mètres ou 300 mètres l’une de l’autre. On ne pourrait pas avoir un réseau électrique pour ces ‘’ Lakou’’ », a fait savoir le président de la République lors d’un cocktail de bienvenue organisé en son honneur par le consulat et la mission permanente d'Haïti à l’ONU (New York). Selon Jovenel Moïse, le système contient un inverter et un panneau solaire qui permet d’alimenter quatre ampoules électriques, de recharger un téléphone portable et de faire fonctionner un poste de radio. Le système, a-t-il dit, a une autonomie de 36 heures. Le programme a débuté dans la commune de Tiburon avec 700 familles. 30 000 systèmes sont déjà disponibles, s’est félicité le chef de l’État. Selon lui, un logiciel installé dans un centre, contrôle en temps réel, tous les mini-systèmes et permet de voir automatiquement, quand un appareil est tombé en panne n’importe où sur le territoire. Sans détour, le président du Sénat, Youri Latortue, s'est dit contre ce qu'il indique être le versement de 250 millions de dollars américains l’an à E-Power, Sogener et Haytrac, pour l’achat de courant électrique. «…Je suis contre le fait que l’État prenne ces 250 millions de dollars pour payer les compagnies comme il le faisait avant », a-t-il confié en interview exclusive avec le journal, le lundi 25 septembre 2017. L’élu de l’Artibonite a estimé qu’il serait plus « utile » de réinvestir ces 250 millions de dollars- « payés directement à ces trois compagnies » - dans des centrales solaires qui n’utilisent pas de gaz. Il y aurait de l’électricité et des centrales, a soutenu le président du Sénat, Youri Latortue. Le sénateur Latortue qui a salué les décrets de l’administration dont l’un enlève le monopole de la production, du transport et de la commercialisation du courant électrique à l’ED’H, se demande pourquoi les fournisseurs privés se sont cantonnés dans la production uniquement. « Pourquoi les compagnies ne font pas de la production, le transport et la commercialisation ? Elles ne prennent aucun risque et ont des avantages fiscaux. Ces compagnies sont placées dans une situation d’aucun risque. Je n’ai jamais vu pareille chose. Elles n’ont qu'à allumer leurs moteurs », a pesté le président du Sénat, Youri Latortue. « Si la compagnie couvre Port-au-Prince, qu’elle s’occupe de la production, du transport et de la commercialisation. Je suis un nationaliste libéral. Aujourd’hui, que personne ne pense que le sénateur Latortue est contre la privatisation. Non », a insisté Youri Latortue, qui a été mis au parfum du plan du chef de l’État pour le secteur, depuis le mois de juin. « Le président Jovenel Moïse m’a dit qu’il allait utiliser autrement ces 250 millions de dollars. Il a un plan pour 550 mégawatts qu’il partagera entre des compagnies nationales et étrangères. Il y aura une répartition et le prix du kilowatt baissera », a indiqué Youri Latortue, soulignant que si l’ED’H peut faire son travail, que les 250 millions lui soient confiés. Accusés par des figures du pouvoir d’engranger quelque 250 millions de dollars l’an en vendant du black-out à l’État haïtien à travers l’ED’H, des fournisseurs privés de courant électrique ont démenti en bloc. « Les kWh sont facturés tous les mois, suivant une formule préétablie dans le contrat. Il comprend une partie fixe et une partie variable. À titre d'exemple, le kWh a été facturé à 14,90 centimes US au mois d'août 2017. L'énergie électrique est livrée à l'EDH sur le réseau de cette dernière via la ligne 75 de l'EDH qui est branchée à l'usine. Chaque fin de mois, l'EDH envoie 3 de ses employés à E-Power pour lire les 3 compteurs mesurant l'énergie délivrée par E-Power (2 installés au moment de la mise en marche de l'usine et scellés par l'EDH et un 3e installé depuis décembre 2013 par la Banque mondiale et scellé lui aussi par l'EDH). Les lectures sont comparées aux lectures du mois précédent afin de déterminer la quantité de kWh délivrée pendant le mois en cours. Nous avons livré 20, 444,150 kWh en août 2017 », a longuement expliqué Carl Auguste Boisson. « Certains disent que l'État haïtien " avance directement US $250 millions aux producteurs d'électricité». En fait, les chiffres publiés par le ministère de l'Economie et des Finances sur son site web font état de $88,4 millions payés aux producteurs d'électricité (y compris les usines vénézuéliennes) d'octobre 2016 à juin 2017 (9 mois). Pour l'année fiscale 2016-2017 (12 mois), ce chiffre avoisinera plutôt US $118 millions et non $250 millions ! De plus, ces $118 millions seront payés aux producteurs d'électricité pour des kWh effectivement délivrés à l'ED'H, dans le cadre des différents accords ou contrats existants entre l'État haïtien et les producteurs d'électricité. En fait, dans certains cas, ces kWh coûtent moins cher à l'ED'H que si elle les avait elle-même produits ! », a souligné Carl Auguste Boisson. Pour ce dernier, « le vrai problème reste et demeure que la plupart des kWh reçus des producteurs publics ou privés d'électricité ne sont pas facturés et collectés par l'État haïtien ! ». « C'est sur ce problème de facturation et de collection de l'électricité délivrée que nous devons travailler et agir ensemble », a conseillé Carl-Auguste Boisson. Selon le sénateur Latortue, « le président Jovenel Moïse a un plan de 550 mégawatts qu’il partagera entre les compagnies nationales et étrangères. Elles auront à faire une répartition. Elles diminueront le prix du mégawatt de manière à ce qu’il y ait un nombre de mégawatts disponibles ». S'il ne fait aucun doute que le mécanisme mis en place ces vingt-cinq dernières années pour produire, commercialiser et financer notre consommation électrique a du plomb dans l'aile, s'ils sont nombreux ceux qui pensent qu'il n’est plus soutenable de verser sans fin, des millions pour un déficit abyssal en perpétuel renouvellement, le président, Jovenel Moïse, est celui qui a l’autorité et la légitimité pour mettre en place l’arsenal légal permettant de changer le régime en profondeur. Va-t-il pouvoir réussir ? Là est toute la question.
Publier le : 08/10/2017   Auteur : Altidor Jean Hervé

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