L’Administration publique va mal…

Le jeudi 4 mai 2017, le Premier ministre haïtien, Jack Guy Lafontant, a dressé un bilan sombre de la situation de l'administration publique et des finances de l'État. À entendre le Premier ministre, le gouvernement de transition et l'ouragan Matthew sont les responsables de la détérioration du Trésor Public. Jack Guy Lafontant a mis en cause le Gouvernement Privert/ Jean-Charles dans la détérioration et les dettes de l’administration publique. « Les mauvaises décisions de l'administration Privert/Jean-Charles seraient responsables des dépenses énormes. Les ministères croulent sous les dettes et ils ont un personnel pléthorique. La majorité des véhicules de l'État sont en panne. En ce qui a trait aux finances, 34 milliards de gourdes ont été collectés au cours des 6 premiers mois de l'exercice fiscal. Une médiocre performance puisque ce montant ne représente que 28% des prévisions de recettes », a lamenté le Premier ministre. Et de poursuivre que 54% des ressources ont été dépensées pour notamment les salaires, l'acquisition de matériels et les subventions, ce qui laisse peu de marge de manœuvre à la nouvelle administration. Il a dit regretter le déficit qui est de 6 milliards de gourdes. « Mon gouvernement a pris en charge le pays dans une situation sociale, économique et financière très difficile. Les autorités haïtiennes ainsi que les acteurs nationaux et internationaux sont confrontés à la panique », a révélé Guy Lafontant. Il a relaté que l'inflation avait atteint la barre de 14% lors de l'entrée en fonction du président Moïse, faisant remarquer qu'elle avait plus que doublé depuis février 2015. « Les statistiques économiques sont également au rouge en raison des dégâts causés par l'ouragan Matthew sur la péninsule du sud. Il faudra 2,72 milliards de dollars américains pour favoriser une relance des activités dans ces régions », a martelé Guy Lafontant. En marge de ce rapport lu par le Premier ministre à travers des données collectées, les ministères et les institutions autonomes étalent l’urgence de corriger beaucoup d’imperfections de l’administration, dans la perspective d’un réel démarrage du pays. Selon le rapport, au niveau de certains ministères, directions générales et entreprises autonomes, les biens publics deviennent des héritages destinés au service de particuliers. Voici la liste des horreurs administratives, toujours selon le Premier ministre Jack Guy Lafontant. - Au ministère des Affaires étrangères (MAE), les informations préliminaires détenues par la Primature font état de plusieurs indicateurs négatifs. Dans les représentations diplomatiques, de nombreuses personnes sont employées. En République dominicaine, la situation est plus grave. Le MAE hérite d’une situation budgétaire très compliquée qui fait qu’aujourd’hui, l’État haïtien se trouve quasiment dans l’impossibilité de payer ses employés. Le crédit budgétaire alloué aux consulats et ambassades est déjà épuisé. Le MAE a des dettes estimées à 1,4 milliard de gourdes, soit à peu près 21 millions de dollars US. Ce ministère a déjà dépensé plus de 90% de son budget pour l’année fiscale en cours.  - Le Fonds d’assistance économique et social (FAES) devrait être un instrument stratégique pour l’État mais son mode de fonctionnement le rend inefficace, a rappelé le Premier Ministre. L’entité compte 283 employés alors qu’elle n’a besoin que d’une cinquantaine de personnes pour fonctionner. Tous les projets du FAES devraient arriver à terme au mois de juin prochain. Après, aucun autre projet n’est en perspective pour cette entité, à cause de son manque de crédibilité auprès des institutions et des bailleurs internationaux supportant les projets. Par exemple, sur 37 écoles devant être construites après le cyclone Matthew dans plusieurs localités de la Grand’Anse, seulement 7 sont arrivées à leur phase finale de construction. Pour chaque projet, le FAES devrait embaucher un personnel spécifique dont le contrat prendrait fin avec la finalisation du projet. Cependant la mauvaise gestion de cette institution fait que le personnel est toujours resté en poste même après la fin du projet. - Le ministère de la Culture avait un budget de 640 millions de gourdes pour l’exercice 2016-2017. Il a déjà dépensé 88,65% de ce montant (dont une bonne partie pour le carnaval national décrété par le président Moise à la fin du mois de février 2017, à peine quelques jours après son investiture). - Le ministère des Affaires sociales a déjà séché 87,06% de son budget d’octobre 2016 à aujourd’hui. D’ailleurs, son budget de fonctionnement représente 94% de son allocation budgétaire. Le nombre de contractuels embauchés pendant la période de transition est évaluée à 3 308. Le MAST a une dette évaluée à 514 millions de gourdes et des montants d’arriérés de salaire évalués à 50,6 millions de gourdes. Au cours des cinq premiers mois de l’exercice 2016-2017. - Le ministère du Tourisme a dépensé plus de 55% de son budget. Ses dettes atteignent quasiment 74 millions de gourdes. La moitié des véhicules de ce ministère ne fonctionnent pas bien. Il compte un total de 329 employés, dont 46% sont des contractuels. - Le ministère de l’Éducation nationale est un vrai sac d’embrouilles. On y compte 2 691 enseignants avec leur lettre de nomination mais qui n’ont jamais touché un centime de l’État. Tandis que, dans ce même ministère, on trouve 2 600 enseignants qui travaillent mais qui n’ont pas de lettre de nomination. Ce ministère a une dette de plus de 680 millions de gourdes pour des écoles faisant partie du programme PSUGO. Selon le Premier ministre Lafontant, le ministère de l’Éducation nationale a, au minimum, des dettes s’élevant à plus de 5,5 milliards de gourdes. - Le ministère des Travaux publics, Transports et Communication (MTPTC) a une dette de 1,5 milliard de gourdes, soit 22,9 millions de dollars US. Le MTPTC a un effectif de 1 437 employés, dont 802 fonctionnaires et 635 contractuels. - Le ministère de la Santé publique a un budget de 3,8 milliards de gourdes et une dette de 1,4 milliard de gourdes. Du mois d’octobre 2016 au mois de mai 2017, ce ministère a dépensé un total de 1,8 milliard de gourdes, soit 46,4% de son budget. Le MSPP a un effectif de 12 260 employés, dont 9 566 sont des fonctionnaires et 2 694 des contractuels. Sur tout le territoire, le MSPP a 75 ambulances, 745 ambulanciers. On dénombre 125 hôpitaux pour le MSPP. Mais seulement 43% des sections communales du pays disposent d’un centre de santé. - Le ministère de la Justice a dépensé 60% de son budget du mois d’octobre 2016 au mois d’avril 2017. Il a une dette s’élevant à 1,8 milliard de gourdes. - Le ministère de la Planification et de la Coopération externe a pour mission de conduire, animer et piloter le processus de planification du développement économique et social du pays. Comme tous les autres ministères, le MPCE a ses propres problèmes. Quatre des principaux projets conduits par ce ministère sont bloqués, faute d’argent. Six de ses projets initiaux sont arrivés à terme. Mais pour chacun de ces projets, des dettes se sont accumulées d’une valeur de 16 millions de dollars US. - Le ministère de la Défense a une dette estimée à 16 millions de gourdes. Il a un effectif de 386 employés, dont 162 fonctionnaires et 224 contractuels. - Le ministère de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR) a bénéficié d’un budget de 7 milliards de gourdes pour l’exercice 2016-2017. De ce montant, 100 millions de gourdes sont consacrées au budget de fonctionnement et 5,9 milliards comme budget d’investissement (il manquerait alors un milliard de gourdes pour clore la ventilation de ce budget sectoriel qui devrait totaliser 7 milliards de gourdes). Le MARNDR a un personnel de 1 807 employés, dont 1 200 fonctionnaires et 392 contractuels. Une bonne partie de ce personnel devrait déjà être à la retraite.  - À la Direction de l’Immigration et de l'Émigration, avant le 7 février 2017, il y avait 117 000 demandes de passeports en souffrance. Aujourd’hui, on est à moins de 30 000. La production journalière de passeport est passée de 500 à 2 500. L’administration Moïse/Lafontant a déjà mis sur pied six centres de production de passeports. La durée de production et de livraison de passeports ne doit pas dépasser huit jours. - Au Bureau de monétisation des programmes d’aide au développement (BMPAD), beaucoup de problèmes ont été identifiés. L’effectif des employés pendant la période de transition a plus que doublé. De 83 employés en février 2016, l’effectif est passé à 192 en février 2017. D’un autre côté, les recettes de l’institution ont connu une baisse. « Le parc automobile de l’institution a augmenté de plus de 100% », a conclu Jack Guy Lafontant.
Publier le : 13/05/2017   Auteur : Emmanuel Saintus

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